Fantômes de Varsovie : Zygmunt Miłoszewski, « Quelqu’un derrière les murs »
- dutheilanne
- 30 déc. 2025
- 3 min de lecture

Alors que la majeure partie des romans de Zygmunt Miłoszewski appartient au genre policier – ce qui n’empêche pas des incursions dans la science-fiction et l’uchronie avec Te souviendras-tu de demain ? ou dans le roman d’aventures avec Inestimable – il semblerait cette fois que l’auteur polonais ait puisé dans le registre de l’épouvante et une admiration non dissimulée pour Stephen King, pour écrire ce thriller effrayant dont le titre original renvoie à un objet d’importance dans l’intrigue : Domofon, c'est-à-dire l’interphone.
Un jeune couple qui débute dans la vie en partant habiter dans un grand immeuble de Varsovie, emménage pile le jour où vient de s’y produire un drame particulièrement macabre : un résident a été comme « décapité par l’ascenseur ». Tout en essayant d’acclimater leurs jeunes rêves et ambitions à leur nouvel environnement – trente mètres carrés d’espoir dans un quartier où l’animation est principalement assurée par une supérette – Agnieszka et son mari peintre, Robert, découvrent au fil des jours le profil très particulier de leurs colocataires, tous renfermés, passifs ou agressifs à des degrés variés… et surtout très peu nombreux dans cet immense « unité d’habitation ».
Quelque chose ne tourne pas rond dans cet immeuble qui paraît animé d’une volonté propre, faisant ouvrir ou fermer les portes, et marcher les ascenseurs au gré de son humeur…
Et qui écoute les conversations privées par l’intermédiaire des interphones ? Dans quel but ?

Le mystère s’accompagne, dans « Derrière les murs », d’un sentiment d’angoisse qui pourrait bien se transformer en panique, dès lors que chaque résident de l’immeuble est peu à peu possédé par l’esprit des lieux et doit affronter ses pires cauchemars. Le salut passe peut-être par la confrontation de chacun à ses démons, fussent-ils terrifiants… Mieux éviter de commencer ce roman si l’on est allergique aux histoires de fantômes un peu pimentées, mais l’amateur de thrillers prendra plaisir à ce jeu de piste quelque peu horrifique et partagera sans doute la perplexité des deux policiers varsoviens Oleg Kuzniecow et Krzysztof Niemiec, dit « Maigrichon », dont l’humeur potache apporte une touche d’humour à cette sombre et captivante histoire.
Extrait :
D’ordinaire, Oleg Kuzniecow veillait à ne pas abuser de sa position privilégiée de policier lorsqu’il n’y avait pas lieu de le faire, mais aujourd’hui, voyant l’embouteillage dans l’avenue de Solidarność, il posa le gyrophare sur le toit de sa Ford de service et enclencha le signal. Inutile de prolonger davantage la journée, se dit-il. Néanmoins, il éprouva un sentiment de culpabilité.
Il voulut appeler sa femme, mais la batterie était évidemment morte. Je me demande s’ils remplaceront un jour nos téléphones par des modèles plus récents, au lieu de ces antiquités qui ne rentrent même pas dans la poche d’un pantalon, songea-t-il.
– Maigrichon, tu n’as pas vu le chargeur de mon Nokia quelque part ?
Maigrichon, c’est-à-dire Krzysztof Niemiec, son ami de l’unité des homicides du Commissariat central de police de Varsovie, était en fait aussi gros que Pavarotti, il tenait à peine sur le siège avant de la voiture. Il se sentait plus à l’aise derrière, sur la banquette destinée aux détenus. Parfois, quand Oleg passait la cinquième, il frôlait ses cuisses gigantesques avec le haut de sa main. Il était possible que son chargeur agonise à présent quelque part sous ce corps de baleine, ayant perdu depuis longtemps l’espoir que quelqu’un entende ses appels à l’aide.
– Dans la portière conducteur.
– Comment tu le sais ?
Il était effectivement là.
– Tu l’y a mis il y a cinq minutes parce que tu ne voulais pas t’asseoir dessus.
Maigrichon avait ses bons côtés.
Maintenant, tourne à gauche, poursuivit-il. Si on passe par derrière l’école, on se prendra peut-être moins la flotte, ça tombe encore comme vache qui pisse. J’ai habité le quartier dans le temps, tu sais. C’est là qu’on s’est rencontrés avec Ewa. Je te l’ai déjà raconté ?
– Tu me le raconteras plus tard, Maigrichon.
(P. 44-45.)




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